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13 juillet 2011 3 13 /07 /juillet /2011 18:58

Vargas - l'arméeYann Tiersen

 

Note de concordance : 8/10

 

Le commissaire Adamsberg avance son regard suspicieux et ses pas lents sur une scène de crime. On l'imagine bien volontiers la gueule froissée et le pantalon mal rasé. En guise de pré-générique, il va nous résoudre une affaire, en un chapitre, à sa manière, en s'attachant à des miettes. Mi-loser mi-génie, mies de pain manquantes... affaire bientôt classée. Quelques bruits de bricoles chez Tiersen, et la cavalcade "Western" commence, parfaite ouverture pour notre héros malgré lui malgré tout. Cette pièce musicale enjouée qui panache xylophone, cordes et guitare donne le ton d'un Vargas : la légèreté le dispute à la mélancolie, un faux rythme pousse les enquêtes, et la complexité monte en puissance.

 

Générique ! : http://www.youtube.com/watch?v=_HWK1TzDISY

 

tiersen

 

Pas évident du tout de tapisser un disque dans le décor de Fred Vargas. Trouver une B.O.L. pour "L'homme à l'envers relevait déjà du miracle et j'ai bien cru que "L'armée furieuse" allait me sécher ! J'ai dû fouiller un moment dans les tréfonds de mon I-Pod pour trouver le seul album que je voyais apte à tenir le crachoir aux fameux dialogues plantureux de l'auteure : "Les retrouvailles".  "Western" étant précisément la clef.

La lecture pouvait se poursuivre...

 

Une petite femme fragile va intriguer le commissaire en lui parlant d'une légende normande, l'Armée furieuse, à laquelle sa fille est mêlée. En menant de front son enquête parisienne en cours, ainsi que l'affaire normande, Adamsberg collectionne les gros ennuis et les fautes professionnelles. C'est pour ça qu'on l'aime.

Les personnages de Fred Vargas sont de + en + improbables, ils ont tous un trait de caractère étonnant disproportionné. Mais si le réalisme du récit en prend un sacré coup dans le coin de la face, savourer l'érudition sans limite d'un Danglard aigri, le gigantisme protecteur de Violette Retancourt, ou les mots à l'envers d'un homme à six doigts (sniatrec xuaevrec ne tnos selbapac), se révèle être un plaisir bien suffisant pour compenser ce "travers".

 

Ce flottement dans le réalisme va de toute façon permettre à Vargas d'évoluer entre le polar et le fantastique. On ne voit pas comment les meurtres qui s'accumulent dans le petit village d'Ordebec pourraient être déconnectés de cette malédiction ancestrale, cette armée des morts qui désigne et condamne les hommes mauvais. Ambiance chargée, sur les chemins de forêt qui sortent tard de la nuit...

 

Vargas cigarette                                Tiersen cigarette

 

Yann Tiersen a souhaité s'éloigner de la ville pour enregistrer "Les retrouvailles". On y respire un vent de liberté, celui de sa chère Île de Ouessant, dont les dernières bouffées atteignent la Normandie de Vargas.

Il est facile de s'enfermer derrière les cordes d'une harpe, sous la lourdeur d'un orchestre ; la force du breton est d'utiliser une orchestration extraordinairement riche de façon légère. Les instruments, aussi nobles soient-ils, sont au service de l'artiste et de sa chanson. L'inverse, on laisse ça aux pompeurs pompiers.

 

Place alors à l'humain, à la fragilité, aux fêlures (la voix sur le fil de Jane Birkin, les guitares et les notes approximatives du trio mythique Tiersen / Miossec / Dominique A,...), aux bruitages d'ambiance, aux rires d'enfants, autour desquels courent cordes ou pianos. Place aussi aux bal(l)ades champêtres au clavecin (le morceau-titre, réminiscence d'Amélie Poulain) ou à l'accordéon ("La veillée", dont le petit feu tiendra compagnie à Adamsberg pendant ses planques).

 

Le traitement des violons, en contrepoint des arpèges, crée une attente, une concentration. "A secret place" en est le meilleur exemple : l'invité Stuart A. Staples (leader majestueux de Tindersticks, lui aussi exilé dans la campagne française d'ailleurs) tatoue ces tensions musicales de son timbre profond et marque le théâtre vargasien de son sceau.

 

Yann Tiersen marie miraculeusement intimisme et bravoure, parvient à faire monter une sauce bien à lui, cette musique dont votre cœur va finir par suivre les battements, ces chansons qui s'emballent sans jamais tomber dans la démonstration. Essayez donc de composer de tels morceaux sans ressembler à du Calogero (ok ok je sais, il y a largement pire, mais ma cervelle n'a que lui sous la main pour l'instant. Je vous tiendrai au courant si je trouve mieux) ! Peu naviguent aussi bien entre instruments à cordes, à vents et marées de guitares.

 

La tristesse prononcée d'une partie des chansons ne correspond pas toujours au récit mouvementé, mais à l'esprit fugueur du commissaire, oui. Les pensées toujours aux vents ; un bout de neurone pour disculper un petit incendiaire qu'il croit innocent, un fil d'idées pour retrouver le salaud qui torture les pigeons, une cellule grisée pour dénouer les meurtres dOrdebec, un nerf optique obtus pour plonger dans le décolleté de la témoin... Dissolu, le bonhomme.

La cohérence de Fred Vargas l'est un peu, aussi, dissolue. Systématiquement imaginer un lien entre des affaires distinctes, quand bien même fût-il infime, nuit à la crédibilité. Articulations hautes en couleuvres ! Mais là encore, on l'excuse. L'empathie aux personnages est trop puissante pour faire la grimace. L'écrivain connaît sa force et en joue, à raison.  

 

Jubilation communicative ! Elle se fait plaisir en insérant un road-movie digne de "L'homme à l'envers" au milieu du livre, crée toute une fratrie de freaks suspects, met l'accent sur une accusation qui renifle le coup monté - on pense forcément à l'affaire Césare Battisti dans laquelle elle a pris parti - et déterre les superstitions de ses campagnes.

 

Mysticisme, terres sauvages et vie quotidienne... Autant de thèmes communs au roman et au disque. De beaux échanges ont lieu tout au long de cette promenade dans le nord de la France ; d'est en ouest, bercé par les mots et les notes, fasciné par la cohorte médiévale et sonique, les embruns de chacune de ces œuvres ont plu dans ma tête.

 

Emouvant de voir le Grand Stuart en studio avec Tiersen :

http://www.youtube.com/watch?v=fLUWiIVjz5w 

 

Un peu d'action, avec "La boulange" :

http://www.youtube.com/watch?v=6mkaCcMSXFA

 

 

P.S. : ça y est, ma cervelle en a un pire sous le coude maintenant. Stanislas. On lâche des noms chez B.O.L. !

 

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Published by Felix Leiter - dans musique et polar
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commentaires

Loser 27/07/2011 20:18


Bon, ben on y est... J'vais lire Vargas pendant les vacances... Merci bien...
Pour Tiresepeine, c'était perdu d'avance...


Felix Leiter 27/07/2011 21:12



Tiresepeine !!! Ahah ! Tu es dur ! Bonne lecture, bonne écriture, bon repos, bons apéros !!!!



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