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9 février 2011 3 09 /02 /février /2011 20:50

Djianwarpaint

 

 

Note de concordance : 7,5/10

 

Bienvenue à Prozacland !

Prescription : l'écoute en boucle de Warpaint pour cette immersion dans un univers décadent et cynique.

 

On ne fait pas que se baigner et regarder "Mon Oncle Charlie" en Californie (sinon j'y serais déjà). On y zone, aussi. Surtout dans un quartier huppé anonyme qu'on situe à un zoom ou deux d'Hollywood. C'est là que Djian va isoler des générations de handicapés du sentiment.

Les quatre copines de Warpaint ont elles aussi grandi à Los Angeles, mais c'est leur musique qu'elles assomment à coup de Valium. "The fool" n'est pas lourd pour autant, mais brumeux. Les couches mélodiques reposent les unes sur les autres. Echos monotones contre chant évaporé contre imbroglio de guitares contre piano accordé sous la mer. Pour tenir tout cela, une basse lourde qui rêve de new-wave, et une batterie tenace, ancrée dans le dark. Mais à l'image de cet album sombre qui laisse des courants d'air rose entrer dans ses chansons, la batterie n'est pas seulement bêcheuse. Stella Mozgawa survole aussi ses cymbales et se taille la part du morceau tout en virtuosité ; tel un cuisinier nippon affûtant ses couteaux dans les airs, elle découpe le rythme en lamelles.

 

Les personnages d' "Impuretés" écoutent du rock indé. Ecrit en 2005, les + jeunes se retrouvent avec The Black Heart Procession ou Soul Coughing sur la platine, les parents avec The Smiths. Warpaint serait un bon équivalent contemporain pour ces ados blasés par leur jeunesse dorée. Constamment entre l'état second et le Tranxène étage, cette bande de Justin Bieber ayant encore + mal tourné, et de Britney qui ne sucent pas que des cachetons agacent. Tant et si bien que la lecture de ce roman peut parfois donner l'impression d'être en train de suivre la deuxième saison de "L'incroyable famille Kardashian" sur MTV : éprouvant !

 

Evidemment, Djian fouille si bien la psychologie de ses personnages qu'en bon sondeur, il va nous guider jusqu'aux réflexions les + hermétiques de ces gamins condamnés à l'ennui. En particulier Evy, dont la soeur s'est mystérieusement noyée dans un lac huit mois + tôt, en sa présence. Que sait-il ? A quatorze ans, Evy croule tellement sous les couches amorphes de l'addiction que même l'amour sincère pour Gaby a du mal a bourgeonner en lui. Il va d'ailleurs jusqu'à neutraliser ses érections avec des tessons de verre ! 

Puis doucement, l'auteur traîne son récit chez les parents (une actrice sur le retour à la case "promotion sous le bureau", un écrivain qui aspire autant à la blancheur d'une ligne que d'une page). On constatera que les problèmes (dé)générationnels ont déjà posé leurs cloisons depuis longtemps dans cette famille zombifiée. Sentiments botoxés, communication calfeutrée, air impur...

 

Le microcosme décrit par Djian - la voisine obèse et violente, les mères nymphos, le Directeur de l'école démissionnaire aux fantasmes de missionnaire, etc. - tourne parfaitement en rond sous les chansons de Warpaint qui alternent armes et charmes. Les voix mi-anges mi-démentes sont un chant de sirène vénéneux dont la beauté cache des graines de malaise. Le bleu de Matisse dans les pinceaux de Schiele. Un bootleg de"Virgin suicide" et de "Requiem for a dream". Les délicieuses spirales de "Set your arms down" entraînent nos richards au fond de leur spleen avant de les sortir du coma au bord de leur lac avec "Undertow" et ses accents dream-pop. L'intensité de "The fool" convient à ce huis clos extérieur aux lieux redondants. Son ambiance cotonneuse sert la léthargie des héros.

Tout autant que l'écriture maîtrisée de Djian. Des personnages qui apparaissent en milieu de scène, des changements soudains de lieux, quelques phrases à la première personne complètement impromptues : l'onirisme est suggéré dans les gènes de l'écriture. Ses phrases planent comme ses personnages. 

Quant à ses découpages au scalpel des tréfonds de l'âme, ils dépassent largement en désespoir les chansons évanescentes de Warpaint. Pour preuve, son excellent  final impudent.

 

Posologie - matin, midi et soir pendant une semaine : 

http://www.youtube.com/watch?v=ssGW6n3YCHQ 

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Published by Felix Leiter - dans musique et littérature
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