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21 septembre 2012 5 21 /09 /septembre /2012 08:39

 

Note de concordance : 7/10

 

 

Virginia-Woolf-Phare.jpgBelle & Seb - Fold 

 

   

Alors là on a un problème. Ca ne colle pas. Je ne parle pas du livre et de sa bande originale, mais de la chronologie. Ma chronologie.

J'ai lu ce "poème philosophique" dans le cadre de mes études, et le quatrième album de Belle & Sebastian est sorti en juin 2000... date à laquelle j'avais digéré mes années universitaires depuis un moment ! Pourtant quand je pense à l'un, je pense à l'autre, invariablement. Nom de Zeus, je ne vais pas m'éterniser sur ce paradoxe temporel qui me donne le tournis, j'ai peut-être relu "Vers le phare" un après-midi d'oisiveté ou pressenti la concordance à venir avec ce disque en écoutant une oeuvre antérieure du groupe écossais. Quoi qu'il en soit, trêve d'honnêteté zélée, scellé en moi "Fold your hands child, you walk like a peasant" demeure la B.O.L. subtile du roman de Virginia Woolf, une épatante pop de poche fragile, délicat écho au petit monde sensible de l'écrivaine.

 

Le livre ne se concentre pas sur une intrigue forte mais sur la psychologie des personnages, sur les imbrications de la pensée, comment celle-ci se construit. Par petites touches, d'une tête à l'autre, on suit le fil des tracas nouant les membres d'une famille. Les morceaux tout en finesse de Belle & Sebastian vont nourrir ces schémas de leur palette pastelle. Les enjeux du livre - pourra-t-on faire cette promenade à l'autre bout de l'île qui réjouirait tant James, le cadet de la famille ? L'artiste et amie Lily Briscoe parviendra-t-elle à finir son tableau ? - ne sont donc que de piètres prétextes dont on a bien du mal à s'intéresser, il faut bien l'admettre. Les songeries de Mrs Ramsay et des occupants de sa maison de vacances sont un moyen pour Virginia Woolf de réaliser au moins trois choses : 

- Libérer sa plume en état de grâce et laisser le ressac de sa poésie bercer un phrasé fluide et entraînant. Tout cela au service de la psychologie des personnages.

- Eclater les frontières du roman et inventer une nouvelle forme narrative et d'analyse de la pensée. En se glissant naturellement d'un personnage à l'autre, en peignant des caractères et des vies par petits coups de pinceaux subjectifs, elle emprunte les méthodes de l'impressionnisme et les adapte à la littérature.

- Réaliser un roman secrètement autobiographique, les Ramsay et leurs problèmes de communication évoquant immanquablement ses parents, la peintre en quête de perfection faisant écho à ses propres ambitions.

 

Virginia-Woolf.jpg

 

Le découpage d'une oeuvre n'est pas laissé au hasard par les artistes. Si Belle & Seb travaille très clairement un disque comme un 33 tours à deux faces, "Vers le phare" est lui divisé en trois parties : la première dépeint pensées et relations familiales lors de l''attente d'une éventuelle promenade si le le temps le permet, la deuxième constitue une ellipse de plusieurs années et fait l'état des lieux de la maison à l'abandon érodée par le temps et le sel de l'Île de Skye, la troisième la promenade au phare dix ans plus tard mais sans Mrs Ramsey décédée ni son fils Andrew mort à la guerre. A ce dramatique événement, il m'est impossible de ne pas lier le titre inaugurant le disque des Belle & Sebastian "I fought in a war". Le chanteur-leader Stuart Murdoch sait lui aussi se glisser dans la peau d'un autre, en l'occurrence celle d'un tout jeune homme sur le champ de bataille contre son gré, forcé à tuer des gamins aussi pétrifiés que lui... cela sur une mélodie chère à canons.

 

La chanson suivante, pièce montée aux structures de clavecin, s'appelle "The Model", véritable thème de Lily Briscoe, l'artiste à la recherche d'une vision, du sens de l'art.

 

Belle & Seb

 

Moins tyrannisé par les desseins arrimés de Stuart Murdoch, cet album voit ses membres s'exprimer + démocratiquement que jamais, ouvrant le groupe à des influences plurielles. On a longtemps vu Belle & Sebastian comme une gentille troupe de scouts, mais leur leader est + autoritaire qu'il n'y paraît, et cette démarche nouvellement assumée a vraiment contribué à la mutation de la formation. Les douces compositions pastorales habituelles vont cohabiter avec la northern soul ("The wrong girl", "Don't leave the light on baby", "Nice day for a sulk") ou la folk sombre chatouillant les moustaches de Lee Hazlewood ("Beyond the sunrise"). Une section de cordes donne du souffle aux mélodies brillantes de l'album. Chaloupé, chaleureux, chatoyant, cha-cha-cha (cha suffit, je m'égare), la musique des écossais profite de ces nouveaux points de vue. Et moi j'en profite pour glisser un parallèle avec les points de vue de chaque personnage agencés de même par Virginia Woolf dans son roman !

 

Belle & Seb-Stuart

 

La force, la particularité de Stuart Murdoch est de plaquer à de naïves mélopées des textes pouvant grouiller d'une effroyable noirceur. "The Chalet lines" respire l'amourette mélancolique... elle parle d'un viol dans un camp de vacances. Avec d'ailleurs dans le texte des changements de narrateurs nous ramenant au drame de Woolf.

Je vous parlais de l'importance du découpage dans une oeuvre: si l'écrivaine prend le soin d'écrire une deuxième partie d'un point de vue objectif, hors de l'esprit de ses personnages, c'est bel et bien pour signifier les reculs nécessaires pour finaliser une oeuvre. Ce recul dont Lily Briscoe aura besoin pour enfin avoir sa vision, la clef de son tableau. "Vers le phare" parle essentiellement de création, d'inachèvement. Virginia Woolf affirme que le symbole du phare, c'est "rien". Précisément ! Il symbolise nos frustrations, nos incapacités à remplir nos manques, à être comblés. Nos carapaces vides. Et l'inconstance des choses de la vie, comme une lumière intermittente.

 

Outre que l'ambiance intemporelle, printanière et précieuse du disque de Belle & Seb est le parfait vent du nord qui traverse le roman, il se trouve que la course absurde au bonheur et les frustrations cruelles qui en constituent l'horizon, sont les thèmes profonds logés dans les paroles astucieusement pointillées par nos chouchous écossais.

 

Finalement il y a peut-être une logique à ce décalage dans le temps entre ma lecture et la découverte de "Fold your hands child...". "Vers le phare" parle du fugace intemporel, de l'éternel éphémère... Les mots de Virginia Woolf ont dû rester en suspend dans ma mémoire, flotter en attendant l'instant parfait qui leur permettrait de s'accorder à leur petite musique. Un temps soit peu...

 

Quand Belle & Sebastian parle d'art :

The Model

 

Quand Belle & Sebastian boude :

Nice day for a sulk

 

 

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Published by Felix Leiter - dans musique et littérature
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commentaires

mrsxkawaii 19/04/2013 20:33

Je connaissais V. WOOLF mais je ne connaissais pas celui-là, à tester :) ! Merci de votre passage, très bonne idée de blog !

Felix Leiter 20/04/2013 09:01



A tester, oui ! Sans oublier mes chouchous écossais ! ;-)


Mon passage sur http://mrsxkawaii.canalblog.com fut un réél plaisir. Un blog tout en douceur qui fait du bien...



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