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7 août 2011 7 07 /08 /août /2011 11:39

   the american rome

 

Note de concordance : 8,5/10

 

C'est une sorte de western crépusculaire, dans un village des Abbruzes. Et le "cowboy" qu'a imaginé Martin Booth est un peu fatigué. Il veut prendre sa retraite. Qui d'autre qu'Ennio Morricone pour ambiancer un western spaghetti ? Et bien le producteur Danger Mouse (moitié de Gnarls Barkley) et Daniele Luppi, qui ont décidé de rendre hommage au maître de la B.O. à cheval.

 

Mais "The American" n'a rien à voir avec le Far West si ce n'est que le thème de la loyauté, la figure du hors-la-loi en phase de repentir, et la place prédominante des espaces naturels évoquent tout de même les vieux John Ford ou l'Homme sans nom. D'ailleurs, si George Clooney n'avait pas interprété Signor Farfalla (Monsieur Papillon) pour la caméra scrutatrice d'Anton Corbijn, on pourrait tout à fait l'imaginer sous les traits émaciés du grand Clint.

Paradoxalement, le héros n'est pas américain mais - on le suppose - anglais. Le titre original de ce roman est "A very private gentleman", et c'est le petit bijou filmique de Corbijn qui a donné son nom un peu absurde à cette traduction.

 

Quelle que soit sa nationalité, son visage, son identité, Signor Farfalla sait se faire oublier. Il maîtrise l'art de la disparition à merveille. Presque aussi bien que celui de fabriquer des armes calibrées pour les tueurs à gages. Artisan ou artiste, difficile de trancher ; en tout cas c'est le meilleur.

 

Un homme qui travaille de ses mains a le temps de se servir de sa tête. Un homme qui doit abandonner ses vies derrière lui, garde en lui ses lectures et ses émotions. Il a donc eu tout le loisir de réfléchir à son métier, à la mort, à l'Histoire. Ses réflexions philosophiques sont passionnantes, parfois de mauvaise foi, toujours argumentées. On est très proche de l'excellente BD "Le Tueur".

 

Il est très touchant de sentir cet homme froid, distant, calculateur, se laisser petit à petit émousser par les charmes parfumés de l'Italie profonde. D'une écriture succulente, Booth nous raconte un homme qui tombe amoureux de la vie. Et d'une femme peut-être aussi. Cultivé et épicurien malgré toutes ses précautions pour esquiver la vie, Farfalla succombe très doucement, très secrètement, à la dolce vita.

                              C'est

      sa dernière commande.

Dernière mission.

C'est résolu.

Si... 

 

Si l'on devait classer Danger Mouse (alias Brian Burton - ils sont trop forts ces BB !) dans la catégorie des artisans ou des artistes, on se frotterait au même embarras que pour notre héros. A la lisière... Il faut saluer ce talent pour s'entourer en toute humilité des artistes qui sublimeront ses créations (il n'en est pas à sa première collaboration).

Mais attention, si Luppi est moins célèbre, il est tout autant responsable des flagrances sixties de ces douze compositions et trois interludes. Ecoutez l'extrait de son précédent projet pour vous en convaincre.

 

Après une gestation de plusieurs années qui leur a permis de voir où leur chemin les menait, c'est dans un studio à Rome que les deux hommes se sont installés, en convoquant des étoiles du jazz italien, et des musiciens ayant collaboré avec Ennio Morricone (parmi lesquels Alessandro Alessandroni, son ami d'enfance qu'on entend siffler dans les films de Sergio Leone). Nait alors la musique d'un film qui existera seulement dans nos têtes.

 

rome - groupe

 

Mais ces morceaux voluptueux qui survolent les plaines sauvages ne seraient pas ce qu'ils sont sans un bon duel. Jack White vs Norah Jones. Improbable. Homérique. Trois balles chacun, toutes en plein cœur. En contrepoint de leurs poses naturelles, White se révèle déchirant (il accroche ses tripes sur les mesures de xylophone dans la magique "The rose with the broken neck") et Norah Jones chante depuis les sous-sols des octaves, donnant une profondeur désinvolte à sa partition ("Black" et sa basse qui emporte les violons aux quatre vents est résolument un chef d'œuvre). 

 

Lorsque les armes de ces deux invités ont parlé, des chœurs masculins roulent avec les tumbleweeds de poussière et les arpèges de guitares. Au cœur de ce tranquille tumulte, une jazz bass 59 étouffe ses notes et introduit un autre hommage, à Serge Gainsbourg cette fois. Au point qu'on croit entendre Jean-Claude Vannier (arrangeur de Gainsbourg en 1971) aux commandes de l'auroral "Her hollow ways" - de ses mélodies naît le sun.

 

On ne retrouve pas le grain de folie dont Morricone sait souvent faire preuve dans ses B.O. Le but de "Rome" n'est pas de dévisser les flacons de l'audace, cela laisserait s'évaporer l'essence du travail du compositeur italien. Danger Mouse et Luppi ont l'ambition de laisser un album classique, un sans-faute orchestral, une pièce qui résiste au temps. Comme une balle logée dans un arbre.

 

Orpheline de pellicule, cette bande originale a fini par trouver ses images...

En tant que B.O.L. de "The American", des titres comme "Theme of Rome" qui pleure d'être éternellement coincé entre le sixième et le septième ciel, ou "Season's trees", sommet d'harmonie, imprègnent les réflexions de Signor Farfalla. Dans les ruelles pavées de son village de montagne, j'entends l'écho bucolique de "Rome". Dans les canons qu'il façonne résonne le timbre métallique de Jack White. Dans ses regrets et ses espoirs, je sens les artères d'un cœur noir et serré comme un ristretto.

 

Black :

http://www.youtube.com/watch?v=l3yAx2uCoHs

 

White :

http://www.youtube.com/watch?v=Aws5PhAHfRw

 

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Published by Felix Leiter - dans musique et polar
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