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20 mai 2011 5 20 /05 /mai /2011 18:04

Ogawa le muséeSys Matters

 

Note de concordance : 8,5/10

 

Immersion.

Les oreilles se remplissent. D'une eau tiède, de sons mutins, d'un lot de mots mats.

Syd Matters nous plonge sous les eaux, Yoko Ogawa sous une lame de poésie.

 

Un peu de magie d'abord : certains livres, depuis leur rayonnage, vous interpellent, vous parlent. Puis ils vous guident : "ouvre-moi page 39, tu verras, il y a une jolie formule". Parfois ils vous donnent le ton de l'histoire sans que vous ayez rien demandé. Ce livre vous veut ; il vient de vous choisir et votre cerveau se satisfait de cette acquisition inversée, refermant ses écoutilles + vite que la main sur le bouquin pour ne pas changer d'avis, ne pas briser cette imbécile complicité.

Le ton était donné lors de ce dialogue muet avec "Le musée du silence" en pleine librairie : immersion. Mot-clef venu d'entre les mots et me faisant vite jeter l'ancre sur les chansons de "Brotherocean".

 

La quatrième merveille de Syd Matters - groupe indé français issu du concours CQFD des Inrockuptibles - est un voyage aquatique. Les mélodies se déplacent à travers les courants harmoniques. Les compositions, faune complexe, se déflorent un peu, à chaque écoute, à chaque plongée. Rien n'est fixe, la flûte entendue là hier est aujourd'hui ensevelie sous les échos vaseux d'un piano. Vous croyez reconnaître le chant de six reines comme une harpe vous harponne. Les chœurs indélébiles s'effacent et vous narguent, banc de perches tendues que votre oreille n'atteint pas. Les boucles de guitares, poisons rouges, vous entrainent dans leurs abysses avant de changer leurs tentacules de sens. La biture est labyrinthique. Ivre de plaisir, on s'oublie, on préfère à l'oxygène les Naïades de l'album.

 

"Le musée du silence" ne met pas en scène la petite sirène mais fonctionne en vase clos. Les personnages n'ont pas de nom, le village non plus. L'auteure est japonaise mais aucun soleil levant n'indiquera où l'action se déroule. Hors du temps, l'intrigue drague le fantastique. Une impression de flottement inonde le lecteur. On se laisse emporter par ce narrateur muséographe engagé par une vieille acariâtre pour monter un musée improbable, au milieu de nulle part. Et avec pas grand-chose dedans. Des objets qu'elle a collectés toute sa vie, disparates, incohérents, rangés par le hasard. Ils ont pourtant un point commun : ils sont tous le souvenir d'un mort. L'inventaire devient un hymne à la mémoire.

Bientôt le héros va se sentir pousser une mission au bout des doigts: prendre le relais. La fille de la vieille dame en poisson pilote, et de cabrioles en cambrioles, il va subtiliser à chaque défunt un objet, emprunter l'empreinte d'une vie. Etrange comme les morts abondent... Un prédateur sévit, la lame cinglante...

 

Ce récit fragile se voit parfaitement bordé par les berceuses adultes de Syd Matters. Il en faudrait peu pour que les notes qui s'entrecroisent s'entrechoquent et détruisent cette planète musicale. Mais comme Yoko Ogawa économise ses mots, le leader Jonathan Morali trie ses effets de haute volée et jamais une mesure n'est de trop.

Aussi précieusement que les personnages recensent leurs trésors, "A robbery" égrène les arpèges, comme si Nick Drake avait repris goût à la vie et n'avait pas laissé son livre de Camus derrière lui (tiens, qu'est-il devenu ? Un musée l'expose-t-il ?). Les trombes de chœurs de "Hallacsillag" vous submergent, toute idée de sortie devient abstraite, au même titre que notre muséographe ne parvient plus à quitter le biotope du village. "I might float" ouvre les vannes d'un flot de mélodies dont la superposition étourdit, sourde une mise en abîme qui se reflète dans le manoir aux objets. Organique et alambiqué, "Brotherocean" prolifère d'idées ; éclos l'écho du huis clos sans frontière d'Ogawa.

 

ogawa photo

 

Pourtant ce roman évoque le silence. Les moines et les objets renferment les secrets tus. Mais le vrai silence n'existant pas, il fallait une B.O.L. aux contours définis, une bulle cohérente. Comme un musée qui colmate la mémoire qui fuit. Le monde s'il ensile les souvenirs en héritage, forme un mausolée pour la mémoire collective.

 

En lisant "Le musée du silence", immanquablement on se pose cette question : "Lequel de mes objets conservera-t-on pour se souvenir de moi ?" Mettons ça sur le compte de Syd Matters qui m'a égaré, je n'ai rien trouvé.

 

 

Splendide "Hi life" et son clip à l'avenant :

http://www.youtube.com/watch?v=A4N_zbegHro

 

Et voilà que la boucle se boucle. Je viens de découvrir une vidéo de "I might float" jouée en acoustique dans un musée ! De la magie, vous disais-je... 

http://www.youtube.com/watch?v=dKqlXQ9fOns

 

 

 

 

 

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Published by Felix Leiter - dans musique et littérature
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