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6 octobre 2011 4 06 /10 /octobre /2011 20:06

chuck palahniuk journalbeck the information

 

Note de concordance : 9/10

 

Foutons le bordel ! Voilà qui pourrait résumer l'un comme l'autre de ces deux invités. C'est même toute la carrière de Palahniuk, toute la discographie de Beck qui sont vouées à cette notion de désordre.

 

L'écrivain américain, qui extirpa de ses tripes "Fight club" dès son deuxième effort, pince la lettre là où ça fait mal. Provocateurs, ses héros antisociaux sont des bombes humaines à retardement qui explosent le système depuis l'intérieur.

Beck pourrait être un personnage de Palahniuk. Après avoir posé les bases solides d'une carrière indie-folk avec le tube "Loser", Beck Campbell (de son vrai nom) dynamita sa propre destinée en enchainant avec des albums funk princiers, ou purement songwriting, ou quasiment hip-hop. Pas loser pour autant, bien au contraire... Du psyché, du blues, de l'electro, du foutraque, tout ce qui passe entre ses mains, il en produit quelque chose. Je le soupçonne fortement de pouvoir tirer des sons intéressants d'un radiateur cassé. 

 

Pour "The information", son disque aux velléités hip-hop, Beck a opté pour la déstructuration, et comme toujours pour le bric, le broc et le collage. Le concept de recyclage vient aussi alimenter ce disque singulier à la production démente (Beck et le producteur légendaire Nigel Godrich y auraient pris quelques cheveux blancs). On reconnait donc des sons, des voix, des rythmiques réutilisés d'un morceau à l'autre, mais collés à l'envers, vernis au folk ou jetés de travers entre deux accords. Cela donne une cohérence, une atmosphère autarcique et insulaire au disque.

 

L'action de "Journal intime" se joue sur une île. On tourne en rond sur une île, et Misty n'échappe pas à la règle. Le style Palahniuk, punchy, répétitif, va prendre toute son panache pour décrire cette vie d'ennui en plein déraillement. Recyclage là encore, avec des mêmes débuts de phrases qui ponctuent chaque chapitre (dont le "Pour ton information, juste au cas où", qu'on associera par pur opportunisme à la BOL choisie). Redonner vie autrement à une phrase, une idée, un personnage... Les deux oeuvres se répondent dans un parfait jeu de ping-pong.

 

Chuck Palahniuk écrit avec des gants de boxe, sa plume bagarreuse impose un rythme forcené à ses rebelles tordus. Il caresse le fantastique dans le sens du drame. Ici tout commence par des pièces de maisons qui disparaissent. Une cuisine, un salon... envolés. Il trouvera bien une logique à cela, mais en attendant c'est Misty, peintre ratée qui paie les pots de peinture cassés : son mari dans le coma serait responsable de ces "disparitions". Cette serveuse quasi-veuve sent la pression monter, comme un complot. L'étrange duo fille/grand-mère semble vouloir la pousser à revenir à la palette, à peindre à tue-tête. Des messages cachés lui conseillent plutôt de fuir l'univers moribond de cette île bouffée par l'argent du tourisme.

 

Réflexion sur le statut d'artiste, sa nécessité, son pouvoir, "Journal intime" s'entache de quelques chapitres redondants au début, et s'entiche surtout d'une aura de mystère séduisante. Une fois lancée, la machine Palahniuk nous entraine dans un train dont il déboulonne les rails lui-même, à coup d'humour noir.

 

L'autre saboteur, Beck, a composé pour cet album des instrus hip-hop qu'il a gravés sur vinyles pour les faire scratcher par des DJ. Superpositions, re-superpositions ! De l'hyperposition, dirais-je, puisque je dois me positionner. Puis ces compositions hip-hop ont vu leurs frontières voler en éclats pop, leur beats à poil sur une guitare sèche comme un coup de trique. Le groove décolle, dévie, se crashe. Et reprend son envol. C'est le disque de tous les possibles.

 

Comme dans le roman du subversif Palahniuk, l'instabilité est constante. Tout peut basculer et on ne sait pas depuis quelle hauteur on va tomber.

 

L'auteur est membre de la Cacophony society, un mouvement aux limites de l'anarchie qui éveille les consciences à coup d'events. Une forme extrême d'art en somme. Souvent le "spectateur" est mis à contribution. Beck nous a lui offert la possibilité de créer la couverture de "The information", grâce à un kit de stickers hallucinés.

Voici mon hyperposition :

    beck enfin

 

Enfin n'allez pas croire que ces capharnaüms sont vains. Si la forme de ce livre et de ce disque prennent des tournures alambiquées, leur finalité, essentielle, a bien les pieds sur terre. Placer l'art au centre de la Cité. Rejoignez-moi ce joyeux foutoir, béoèlisez "Journal intime" jusqu'à son ultime pirouette casse-gueule en dernière page. Foutons le bordel !

 

Une petite douceur pour commencer :

http://www.youtube.com/watch?v=JhSycSt86fo&feature=related

 

De la destructuration :

http://www.youtube.com/watch?v=DGCwUoKWcxs&ob=av2e

 

Du hip-pop :

http://www.youtube.com/watch?v=S-QHWXFJTek&feature=related

 

 

 

 

 

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Published by Felix Leiter - dans musique et littérature
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commentaires

Francky 01 12/10/2011 18:21


Pour le livre "Johnny 23" de Charles Burns, voici un post rapide que j'avais fait à l'époque. Mais tu y trouvera la couv' de celui-ci !!!
http://muziksetcultures.over-blog.fr/article-2010-annee-charles-burns-59946413.html

A + +


Felix Leiter 12/10/2011 22:36



Cool, j'avais pas vu la bonne couverture... A quand une adaptation Bollywood suédée de "Black hole" par Burns lui-même ?!;-)



Francky 01 11/10/2011 22:58


J'ai adoré dès sa sortie ce disque de Beck. D'ailleurs, à l'époque (avant mon blog, sur un autre site musique), j'avais écris ceci : "Beck is back...et au top..un bon Beck...". Le titre "The
Horrible Fanfare" de 10 min ressemble justement à une fanfare hallucinée et psychédélique. Et avec "The Information", Mr Beck Hansen renouait avec le style bricolo-foutraque des débuts, quand il
malaxait indie, pop, psychédélique, hip hop, electro, folk, blues, etc dans un même chaudron musical !!
Sympa la pochette que tu as créé.


Felix Leiter 12/10/2011 07:30



Bien vu ton accroche de l'époque ! Et c'est vrai que je n'ai pas pris le temps de parler des hommages évidents à Gainsbourg dans "The Horrible Fanfare" (puis ponctuellement dans toute son
oeuvre...), cet incroyable mille-pattes mille-feuilles.


Ma pochette n'est pas assez bordélique, avec le recul ! ;-)



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