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24 avril 2013 3 24 /04 /avril /2013 17:39

 

hoodoo-darlin.jpgla-femme-psycho-tropical-berlin.jpg

 

 

Note de concordance : 8/10

 

Il n'y a pas de hasard. Des puissances occultes nouent des enjeux qui nous dépassent. L'arrivée quasi simultanée entre mes mains de ces deux nouveautés, comme un cadeau du dieu des Bandes Originales de Livres, ce doit être le résultat d'un plan complexe et invisible. L'envoûtement de l'expérience doit en tout cas à voir avec le vaudou.

 

Déjà que je suis fasciné par l'univers vaudou, alors quand une artiste BD s'empare du sujet avec une fraîcheur et un panache tels, je ne peux que plonger ! Des cadrages qui enrobent l'action, des enchaînements fluides, des pages étourdissantes de beauté, des dessins en transe ; pire, des couleurs à faire éclater les iris... rien ne manque pour faire de "Hoodoo darlin' " un véritable bijou. Mais un bijou unique en bouts de ficelles, de ceux que les sorciers utilisent pour leurs obscures cérémonies.

 

Un peu comme cet asson dont hérite Adèle, une jeune femme noire de Louisiane qui se lamente de rester à la surface de tout ce que l'ésotérisme renferme. Son maître lui enseigne la patience, mais pour elle les séances d'exorcisme manquent de piquant. Elle n'a pas de vision. Les esprits demeurent invisibles à ses yeux frustrés, et un soir d'ennui moite, une escapade en forêt va lui faire franchir les interdits et les portes de perceptions. D'intrigantes épreuves en cinq étapes l'attendent alors...

 

Dès les premières cases qui foncent pied au plancher vers un flashback accrocheur, Léonie Bischoff méduse le lecteur, poupée épinglée, et ne le lâche plus. Le ton est donné : même si l'humour s'insinuera dans le récit, on est dans un drame fantastique au rythme parfait. A tombeau ouvert.

 

                hoodoo-3.jpghoodoo-2.jpg

 

Le macabre a beau agripper l'histoire, la mort fureter dans les marais, des cadavres de jeunes femmes assassinées décorer les bayous, la scénariste/dessinatrice insuffle du merveilleux dans chacune de ses séquences. Magie mauve. Son image du vaudou n'est ni glauque, ni désincarnément correcte. Presque burtonienne en somme...

 

Sur son instructif blog "On the road to nowhere", l'auteure dévoile ses inspirations musicales, les esprits du blues qui l'ont accompagnée pendant la conception de sa BD. Dans son encrage, il y aura du Neville Brothers, du Skip James, ou Big Mama Thornton. Du très bon.

 

Je sais, je suis contrariant, mais pour cette B.O.L. je trouve pourtant intéressant de décaler l'ambiance musicale afin d'englober la touche résolument féminine de "Hoodoo darlin' ". Et évidemment, chercher La Femme...

 

Alors évidemment, on peut s'étonner du fait que ce collectif à géométrie variable soit en fait constitué d'hommes, les voix féminines étant juste des invitées. Pourquoi donc ce nom ? Oh, est-ce qu'on a reproché à Taxi Girl d'être des garçons, aux Beatles de ne pas être tout à fait des insectes ? Est-ce que Joy Division a jamais fait marrer qui que ce soit ? Et à vrai dire, Fun me fait chialer d'ennui, et que dire de Dany Brillant...

Ces jeunes gars qui font la route entre Biarritz et Paris ont toutefois une explication toute faite à leur pseudo : La Femme est un mystère... 

 

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Quand démarre "Psycho Tropical Berlin" avec "Antitaxi", comme un train bien nourri (pied au plancher, là encore), on pressent une dimension terrifique dans la musique de La Femme. Le mellotron prend la voie aérienne et pousse son vibrato horrifique le + aigu. Lugubre ululement ultra lunaire... Ce son bien particulier hante régulièrement l'album et nous ferait presque croire que Mars Attacks ! Il y a une dimension fantastique dans ce premier album à la croisée de trois mouvements, comme son nom l'indique : un aspect psychébordélique et foutraque qui a quelque chose de cinématographique, des incursions tropicales assurées par des percussions comme les bongos, et des fortifications binaires à la mode berlinoise. Insolente triplette.

 

En surgissent des hymnes comme "La femme" et son indélébile refrain extra-céleste, ou le twist E.T. "Sur la planche". Superbe invasion de la pop française par ce brillant ovni !

 

Des rouleaux sixties et de surf-music (héritage biarrot !) s'abattent sur le disque. La richesse et l'effervescence des arrangements mènent les chansons de La Femme vers les films de séries B, les B.O. de John Carpenter, les atmosphères inquiétantes, les ombres mouvantes, les monstres émouvants. Les paroles, en décalage, sont assez éloignées de ces univers, mais le ton détaché, glacial et monotone des chanteuses a quelque chose du zombie ; sous une peau épaisse de mélodies pétrifiantes, l'âme enfermée des chansons suit, évanescente, ces voix d'outre-timbre.

 

"Psycho Tropical Berlin" est un démon rentré dans le corps de "Hoodoo Darlin' " qui l'habite de ses sonorités psychotiques. Quand l'indus expérimentale est gratouillée par les gris-gris grisants de claviers fantomatiques sur "Amour dans le motu" ou "Nous étions deux", les spectres de couleur autour d'Adèle semblent se multiplier. Sur "Hypsoline" et son "Interlude", les notes défilent en procession de revenants, dans une jungle de bongos. Et je rebaptiserais bien le redoutable "Blues de Françoise" en "Blues d'Adèle" sur les pages hallucinantes de la séquence onirique à lire à la verticale. La montée en puissance du rythme cardiaque de "Saisis la corde" gravite le même crescendo qu'Adèle, dont le coeur bat le chaman.

 

hoodoo-4.jpg

 

J'ai eu la chance de croiser professionnellement le chemin de Léonie Bischoff, une fille formidable et méritante qui a passé les étapes de l'initiation à la création, comme son personnage. Je la crois capable de puiser son talent dans les mêmes cachettes organiques qu'Adèle. J'espère lire encore de nombreux ouvrages aussi éblouissants de sa part, sur lesquels, promis, je respecterai enfin ses recommandations musicales. En attendant que je trahisse mon pacte, jetez-vous sur ce splendide voyage en pays vaudou, et sur le feu-follet "Psycho Tropical Berlin". Culte !

 

 

Mélodie tortueuse, fantômes et cérémonies incantatoires... même le clip valide ce mariage : "La femme"... et quelques  bonus.

Palmiers-claviers avec "Amour dans le motu"

 

 

 

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Published by Felix Leiter - dans musique et BD
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