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15 mai 2011 7 15 /05 /mai /2011 07:20

  dome stephen kingThe Dears

 

Note de concordance : 6/10

 

Tels un dôme fantomatique, 1'200 pages de Stephen King et le nouveau The Dears sont tombés du ciel en même temps. Euphorique mais néanmoins pas rassuré quant aux fiançailles de ces deux œuvres, il me fallait pourtant admettre que je n'aurais rien envie d'écouter d'autre pendant le mois de février 2011. Que "Degeneration Street" allait devenir une B.O.L. coûte qu'écoute !

 

Son titre résume finalement assez bien le drame qui s'abat sur le nouveau pavé du King : il suffit de quelques heures pour que notre société dégénère. Mettez un dôme, improbable, invisible, incassable, au-dessus d'une ville... et regardez ce qui se passe. D'abord les accidents, puis l'excitation, la colère, la dérive, la cruauté... le carnage. Un microcosme sous le poids d'une plaque de verre. Personne ne sait rien de ce champ magnétique, pas même Obama & Co. C'est de l'intérieur que quelques américains moyens de tous âges vont devoir trouver une solution.

Sauf qu'être isolé, c'est échapper à la loi. Pouvoir agir sans subir les conséquences. Sacré fantasme ! Qui mène irréversiblement à la dictature. Stephen King veut montrer à quelle vitesse une nation - ou un groupe, ou un homme, ou une religion - peut basculer lorsqu'elle ne s'ouvre pas sur les autres. Une prison invisible, guillotine cristalline, pour évoquer les enfermements moraux.

 

dome panorama

 

Sadique, l'auteur se régale à emmêler les destins croisés de ses petits insectes se cognant contre une paroi de verre. Il nous raconte, le chapitre nerveux, l'encre écarlate, les parcours simultanés de chaque personnage. "Degeneration Street" commence par ces mots, dans l'épique "Omega Dog" : "it happened at the same time (...) it happened to us. Pressed down, pressed down". Une prophétie de la descente du dôme. Les moments d'anthologie étouffent d'emblée le cinquième album des montréalais. L'auditeur suffoque sous le poids des mélodies constrictrices et des strates d'arrangements. Une production céleste sous une chape de talent.

 

La matrice de ce disque étend son influence depuis le centre de l'album : "Torches", court instrumental venu de l'espace, est la source du son galactique de "Degeneration Street", son ADN. Le trou noir du big-bang créatif. Ecoutées dans le cosmos de la lecture aléatoire, il semble que toutes les chansons peuvent venir se recharger auprès de ce morceau-mère solennel. Les impuretés du dôme de Stephen King se tuméfient dans ce même foyer. Les visions déformées des prisonniers du dôme - étoiles roses, soleil mourant - sont du coup parfaitement accompagnées par  le monumental "Galactic tides", prière allant s'écraser contre le ciel, l'ascension des chœurs d'anges floydiens n'y faisant rien.

 

the dears photo 2011

 

Murray A. Lightburn, leader des Dears mi-crooner mi-rocker mi-soulman (il faut bien 3 moitiés pour évoquer le génie de ce groupe dont la voix me tuera, un jour !) a donné davantage de place au rythme et à l'énergie des guitares (retour du fiévreux Patrick Krief). La chevauchée en ruée majeure "Stick w/ me kid" ou naturellement "Blood" éclaboussent le roman de leur vigueur.

Bien que très long, "Dôme" est une course contre la monstruosité, très rythmée. Des morts, il en afflue, mais le temps lui, n'y succombe jamais. C'est qu'il y a du boulot d'écrivain à faire le tour de tous les habitants d'une petite ville, sous la double emprise d'une serre absurde et d'un adjoint au maire salaud jusqu'au bout des gènes (même son fils est très méchant, ses employés sont très méchants, et s'il a eu un poisson rouge un jour, il était sûrement très méchant aussi).

 

Malgré un manichéisme 10 kilos + lourd que le dôme lui-même (mais le Citizen King se fait plaisir en s'acharnant brutalement sur les républicains mono-prises qui ont dû débrancher leur cerveau au profit de la télé, et toutes sortes de faux-pseudo-culs-prédicateurs, alors on lui pardonne), on se sent vite coincés sous la même prison que ces personnages attachants. On rouvre le livre comme un repris de justice en liberté conditionnelle retourne le soir dans sa geôle. On veut savoir pourquoi. Savoir si Barbie, ancien soldat en Irak, saura mettre ses traumatismes et son expérience au service des dernières personnes lucides de cette ville autant gangrénée par l'aveuglement que par l'air malsain qui se raréfie (bienvenue à Chester's Mill, venez découvrir sa rivière, son centre-ville pourrissant, son hôpital hors-circuit, sa radio chrétienne, ses entrepôts de drogues, son réchauffement climatique, sa jeune police hitlérienne).

 

Stephen King a de moins en moins foi en la race humaine, et Murray Lightburn, chantre de l'espérance, semble aussi en avoir pris un coup. Même si au milieu de l'apocalypse, celle de King comme la nôtre, The Dears chantent sur ceux qui résistent. C'est pour cela que le final éreintant, certes un peu précipité mais captivant de "Dôme", doit se lire sous la houlette de "Lamentation", de l'aventureuse "1854" ou de la précitée "Galactic tides". Maelstrom de clavecin de cordes de rugissements de guitares de chorales de synthés qui ont traversé la voie lactée. On peut reprocher aux Dears des arrangements + chargés qu'un jam entre Radiohead et Arcade Fire, mais il demeure toujours une flamme de grâce au coeur de la chanson, qui éclaire et décharge. Une vie, sous le dôme.

 

Un grand moment live :

http://www.youtube.com/watch?v=7AZC4QyNl4o

 

Un grand moment studio :

http://www.youtube.com/watch?v=wg95WslJx-4

 

Un grand moment acoustique :

http://www.youtube.com/watch?v=EpBghrngg6U

 

Le trailer du livre :

http://www.youtube.com/watch?v=zQJmy6k8NNY

  

 

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Published by Felix Leiter - dans musique et littérature
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