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27 novembre 2014 4 27 /11 /novembre /2014 23:52
"Jazz Maynard" de Roger et Raule / Ilhan Ersahin "Istanbul sessions"

Note de concordance : 9/10

 

Les uns sont à Istanbul, les autres à Barcelone, pourtant on est dans la même ville ; une ville mentale faite de ruelles, de portes arrières de clubs, faite de nuit. Et puis New-York n'est jamais loin puisqu'Ilhan Ersahin y a posé son étui à saxo, quant à Jazz Maynard, ses aventures ont failli se dérouler à Marseille. Quoi qu'il en soit, c'est une plongée dans les bas-fonds urbains que je vous propose, ces trottoirs aux flaques jaunes d'où seules les notes de jazz peuvent espérer s'élever.

 

Mais attention, rien de glauque pour autant, juste une imagerie un peu voyou, alpacinographique, car "Istanbul sessions" est aussi empreint de joie, d'effervescence, et la BD de Roger et Raule est pleine d'humour.

 

Dès la première page de "Jazz Maynard", le cocktail punchy/jazzy/fun donne le tournis. Les angles sont taillés au sabre, les diagonales lacèrent les cases, les perspectives crèvent les pages ; on est très proche des comics américains, et même le manga laisse quelques hématomes. Pourtant les splendides bichromies et la rondeur des dessins ancrent la BD dans la tradition franco-belge. L'équilibre est jouissif. 

 

 

"Jazz Maynard" de Roger et Raule / Ilhan Ersahin "Istanbul sessions""Jazz Maynard" de Roger et Raule / Ilhan Ersahin "Istanbul sessions"

Le dessin est au service d'une histoire qui ne choisit pas entre atmosphère et action. On l'apprend très vite, Jazz, le bel espagnol qui revient dans son quartier après des années d'exil à New York, n'est pas un simple trompettiste. C'est un jazzman cambrioleur. Un ténébreux aventurier qui zone entre la rue Adrien Brody et la place Corto Maltese, là où les fréquentations ne sont pas souvent bonnes, où le passé s'accroche comme le tabac froid sur les gueules de bois.

A peine posé le pied au quartier d'El Raval, Jazz retrouve son vieil acolyte Téo et les embrouilles vendues avec. Chantage, mandales, guerre des gangs, uppercuts, cambriolages rocambolesques, manchettes, traite des blanches, coups de pieds, et même guerriers ninjas... Tout en conservant l'ambiance enfumée des clubs, les bastons s'enchaînent façon solo de saxo. Les traits craquent comme un vieux vinyle de Coltrane. C'est beau, c'est intense, c'est violent, c'est too much et ça secoue.

 

Gros défi pour les stambouliotes ! La Bande Originale de Livre qui ne se laisserait pas distancer par les courses effrénées de Maynard devait avoir du souffle, sans jamais rechigner sur le style. "Istanbul sessions" a dépassé mes espérances.

 

 

"Jazz Maynard" de Roger et Raule / Ilhan Ersahin "Istanbul sessions"

Fights de percus, battles de cuivres, guitares basses cahin-K.O., la fusion se fait dans l'élégance d'un ring. Néanmoins c'est bien d'une idylle qu'il s'agit, une rencontre évidente entre le groupe d'Ilhan Ersahin et Erik Truffaz, convive de prestige qui transcende "Istanbul sessions". Sa trompette trempée dans le même cuivre que son illustre idole (initiales M.D.), il offre une toile de fond idéale aux autres instruments, comme si l'invité dépliait lui-même le tapis rouge pour ses hôtes en plein tumulte.

 

Ersahin, fondateur du club new-yorkais devenu label "Nublu", brasse les genres, drum'n'bass, groove, rock, world, et évidemment jazz. Sa musique, sa formation, sa vie, ses villes, ont toutes un ADN cosmopolite. L'effervescence de ce disque magistral en témoigne.

 

Tout commence par une basse féline qui grimpe aux murs de cuivres et court sur des toits de darbukas. Le morceau s'appelle "Freedom" et en effet, rien ne l'arrête... La rivalité productive entre Turgut Alp Bekoglu et Izzet Kizil, le batteur turc et le percussionniste kurde, se poursuit sur les morceaux suivants, nous éclaboussant de l'énergie des grandes villes nocturnes, sans se départir d'une certaine décontraction - parfait costard pour notre personnage de bande dessinée.

 

La trompette de Truffaz ne sort elle aussi qu'autour de minuit. Il n'en jaillit pas des notes, mais de la nuit. Elle prend la couleur des ombres et suit Ersahin quand son sax part en fouille sonore.

Au coin des impasses, la musique cherche de nouvelles voies et dérape au même rythme que l'intrigue de "Jazz Maynard", fait le grand saut avec l'énergie, la fougue et la classe de ce bad boy ibérique à la note bleue.

 

Quand le son et l'image transpirent ensemble, tremblent face aux mêmes ténèbres, s'embrasent de concert et que la sensation de lire un film ou de voir la musique se côtoient, alors on sait qu'on tient une merveille de rencontre. C'est beau une B.O.L. la nuit...

"Jazz Maynard" de Roger et Raule / Ilhan Ersahin "Istanbul sessions""Jazz Maynard" de Roger et Raule / Ilhan Ersahin "Istanbul sessions"

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Published by Felix Leiter - dans musique et BD
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