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23 octobre 2014 4 23 /10 /octobre /2014 22:39
"Constellation" d'Adrien Bosc / Miossec "Ici-bas, ici même"

Note de concordance : 7/10

 

J'aurais aimé trouver de belles coïncidences, prouver qu'entre le nouveau Miossec et le livre d'Adrien Bosc il y avait une date symbolique, un lieu ou un nom en commun. Montrer que le hasard poursuivait "Constellation" jusque dans des méandres inattendus. Les talents du journaliste me font peut-être défaut, mais de tout évidence, il n'y a rien.

 

Cela ne m'empêchera pas de trouver bien des rapprochements qui me semblent cohérents entre ce premier roman, et ce disque qui n'a jamais lâché mes oreilles pendant la lecture.

 

Adrien Bosc est le cofondateur du magazine Desports  qui a pour ambition d'aborder le sport par l'axe historique ou littéraire. Déjà, ce plaisir à chercher des portes d'entrées inédites pour parler de sujets qu'on croit galvaudés (parler de la guerre en Yougoslavie via les infrastructures des JO de 1984 !)...

 

Avec "Constellation", Bosc se passionne pour le crash de l'avion du même nom, le 27 octobre 1949, avec entre autres à son bord la star de l'uppercut Marcel Cerdan. Suite à un concours de circonstances, l'écrivain s'est intéressé à ce drame et a justement choisi d'évoquer les hasards, les trajectoires qui ont mené ou détourné des gens de ce vol fatal.

"Constellation" d'Adrien Bosc / Miossec "Ici-bas, ici même"

Bosc déploie ses outils de journaliste et dissèque les destins des passagers, des + célèbres aux + anonymes, retrace les dernières heures, pensées ou objectifs de chaque voyageur avec le même sens du détail, ainsi que les fouilles qui suivirent. Cette débauche de récits factuels et de points techniques, certes intéressante et contée par une plume maîtrisée, fait se poser la question du terme "roman" - car même si Adrien Bosc lie le tout par une poésie des coïncidences et autres conjonctures, on a plutôt affaire à une enquête aboutissant à une galerie de portraits quasi exhaustive. Il englobe, embrasse l'événement, ronge son os sans en laisser une miette.

"Constellation" d'Adrien Bosc / Miossec "Ici-bas, ici même"

Jusqu'à l'os, c'est là qu'est allé Miossec avec "Ici-bas, ici même", entraîné par la carnassière avidité d'Albin de la Simone (sous son étiquette de producteur) à décharner les morceaux pour n'en garder que l'essentiel, que le meilleur. Le seul défaut de ce neuvième disque est qu'il intervient dans une discographie déjà bien fournie et que sa perfection peut sembler déflorée par les albums précédents, nous privant ainsi d'une claque totale. Non pas que les deux ou trois derniers disques furent médiocres, loin de là, mais ils ont proposé des amuse-gueules mélodiques donnant aux nouvelles compositions un goût de déjà entendu. Comme une bande annonce qui aurait trop montré du chef d'oeuvre. Bref, vous l'aurez compris, je chipote.

 

Album crépusculaire s'il en est, "Ici-bas, ici même" écorche une fois de + les sentiments, décrit les relations décapées, les amours en copeaux, et surtout ouvre une fenêtre grinçante à la mort. Serein et lucide, le disque a des allures de bilan de fin de vie, de testament. Avec pourtant cette lueur mordorée d'espérance qu'il reste toujours une dernière chose à faire ou à laisser, une éternité à aspirer.

 

"Constellation" d'Adrien Bosc / Miossec "Ici-bas, ici même"
"Constellation" d'Adrien Bosc / Miossec "Ici-bas, ici même"

La voix du breton est + calme et chargée d'histoire(s) que jamais, la mélancolie enfle les accordéons et s'extirpe des violons discrets, et donc oui, le déclin ou la mort rampent mais dans une acceptation de la fatalité.

 

Une place de choix est faite aux silences. C'est un des grands sujets du disque : le manque, le Paradis perdu, l'idyllique ventre maternel. Un amour de la vie bat dans chaque chanson, seulement on ressent comme un appétit nostalgique pour l'existence, mais plus de fringale, comme si la tête voulait encore vivre et que le coeur ne cognait plus vraiment. Rattrapé par la pesanteur. Ici-bas.

Cette tension de sentiments d'une grande noblesse est parfaitement mise en musique. Les arrangements sans maquillage donnent du relief à la moindre note, toujours à la bonne place. L'intimité est induite par les silences, des percussions sur la pointe des pieds, les bruits de pédales du piano. Du grand art...

 

Des images d'un noir et blanc aux contrastes puissants jaillissent des morceaux, comme dans "Samedi soir au Vauban", tango qui sent la gazoline. D'un bal des années 50 on se retrouve ensuite projeté par une contrebasse au fond d'un bar bleu gitane. Ces vignettes noir et blanc sont probablement ce qui m'a intuitivement fait approcher ce disque de "Constellation", dont les pages projettent les images d'archives dans un bruit de vieille bobine.

 

Bien d'autres liens allaient se nouer. Lorsqu'on écoute les paroles de "Nos morts" ou "Des touristes", on croit les textes concis et judicieux de Miossec signés pour ce drame. Quant aux choeurs féminins qui embrasent ces chansons, ils attrapent les tripes. Au même titre que certains chapitres de Bosc ? Justement pas tout à fait...

 

La vision clinique de l'écrivain a filtré l'émotion. On s'apitoie  sur cette jeune ouvrière bobineuse promise à un avenir d'or et de nylon, on plante nos sourcils sur le pieux de la surprise en apprenant que le merchandiser de Walt Disney se trouvait dans l'avion, et bien sûr on se passionne pour l'imbroglio autour des violons de Ginette Neveu, autre vedette disparue dans ce crash... En 1949, seule la classe sociale aisée pouvait emprunter l'aéronautique, ce qui explique cette collision de personnages riches en parcours professionnels. Adrien Bosc, sûrement par une respectable pudeur, ne fait jamais dans le mélo.

 

Alors que la sobriété terrienne de Christophe Miossec décave une chapelle organique bouleversante, il manque un peu de souffle au texte de Bosc. Il se raccroche pourtant à son amour des mots de Blaise Cendrars dans un chapitre final censé faire se rejoindre toutes les étoiles de sa constellation intime, et même s'il parvient à la même conclusion que la chanson "On vient à peine de commencer", c'est-à-dire qu'on peut toujours compter sur la poésie, une dose de levure fait défaut aux récits du jeune auteur.

Bien heureusement, les chansons sublimes de Miossec donnent une profondeur vibrante à ces destins dilapidés sur les Açores.

 

D'ailleurs au final, je me rends compte que la coïncidence entre ces deux oeuvres, c'est cette B.O.L., c'est cet article, c'est moi.

NB : Adrien Bosc vient de se voir attribuer le Grand Prix du roman de l'Académie française. Roman ??... Allez, bravo à lui !

Et au passage, souhaitons une flopée de Victoires de la Musique à Miossec.

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Published by Felix Leiter - dans musique et littérature
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commentaires

artisan serrurier 25/11/2014 06:45

J'apprécie votre blog , je me permet donc de poser un lien vers le mien .. n'hésitez pas à le visiter.

Cordialement

trafic 13/11/2014 12:24

Merci beaucoup pour ce post. Merci.

Felix Leiter 13/11/2014 18:06

Tout le plaisir est pour moi. Merci pour le commentaire ! :-)

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