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5 août 2013 1 05 /08 /août /2013 18:53

 

Note de concordance : 7,5/10

 

La note de concordance a bien failli être médiocre. Non que les deux oeuvres ne se répondent pas ; au nom de leurs thèmes communs et de leur axe féminin, la correspondance méritait une notation correcte. C'est au niveau de la qualité qu'un déséquilibre se fait sentir. Le nouvel album de Vanessa Paradis est un sans-faute, le nouveau roman de Siri Hustvedt est sans relief et pas tout à fait convainquant.

 

Ca partait pourtant bien : l'épouse de Paul Auster décortiquant les sentiments d'une femme quittée par son mari sur la voix de l'ex de Johnny Depp, ça sonnait bien à mes oreilles. Et il est vrai que les chansons de Vanessa Paradis - autobiographiques ou pas, au bout du compte ça ne nous regarde pas - reviennent régulièrement, comme un refrain, sur la rupture et ses conséquences. Et de quelle manière ! Pas de pleurnicherie, pas de lieux communs : une merveilleuse rumba aux chandelles comme "Le Rempart", en est sans doute le + bel exemple, un arbre qui ne cache pas la forêt des autres cimes mélancoliques de l'album telles "Station Quatre Septembre" ou "Plus d'amour" (comme un sublime écho au classique "Quand on a que l'amour" de Brel qui justifie mille fois l'achat de la version deluxe de l'album).

 

 

Alors l'histoire de Mia traverse très bien les titres les + dramatiques de "Love songs". Ecrivaine cinquantenaire dont le mari négocie une "Pause" (la "Pause" ayant à peine 30 ans et des seins bien fermes) Mia, après une violente dépression, passe un été loin de New York, dans le Minnesota de sa mère pour se refaire une beauté intérieure.

 

La reconstruction de cette poétesse érudite, brisée mais décidée à refaire surface, est le fil conducteur d' "Un été sans les hommes" ; un fil de broderie dont les tours et détours sont représentés par les patchworks d'Abigail - une vieille dame un peu coquine qui n'oublie pas qu'elle est Femme avant tout et ne rougit pas lorsqu'elle évoque la sexualité.

Afin de se retrouver, la fragile narratrice va prendre le temps de côtoyer des gens, exclusivement de nouvelles rencontres (à part sa mère), exclusivement des femmes, de tous âges. Elle donne des cours de poésie à sept adolescentes, se lie d'amitié avec une voisine jeune maman et fréquente le club de lectrices de sa mère et d'Abigail. On sent tout de suite qu'on va s'attacher aux personnages, à ces femmes solidaires dont la variété est censée représenter les multiples facettes du miroir brisé qu'est Mia. Peut-être y a-t-il trop de morceaux, trop de miettes, peut-être Siri Hustvedt s'est-elle emmêlée dans ses crochets, toujours est-il que le livre m'a vite donné tort : il n'engage pas à s'attacher à ses héroïnes dont les aspérités sont rarement assez prononcées pour nous enjouer. Un terrible manque de fantaisie, d'histoire, voire d'enjeu plombe ce roman. Raplapla...

 

Attention, il n'est pas mal écrit, certains passages sur le féminisme évitent finement la grossièreté des traits, et la radiographie des sentiments est toujours très pertinente. Mais le name-dropping de poètes inconnus d'une demi-page, l'étalage de culture semblent vains. En ouvrant "Un été sans les hommes", j'attendais beaucoup de poésie, pas un annuaire des noms de poètes.

 

Au contraire, j'ai acheté le nouveau Paradis sur le nom d'un artiste : Benjamin Biolay, producteur de l'album. Espérant retrouver les arrangements divins dont il a le secret, je suis venu à tâtons au rayon variété française à la lettre P (terrain miné infréquentable : entre Pagny et Pokora, faut faire gaffe où on pose les pieds quand même). Et c'est une claque poétique que je me suis prise dès la première écoute. Non seulement la patte de ce cher BB est bien présente, ses compositions dentelées, mais c'est le disque dans son entièreté qui joue délicieusement des variations de l'ombre et du soleil.

 

De la pop made in London, de la chanson méditative, de la bossa-nova, des rythmes africanisants, des ballades attrape-choeurs, de la folk girly, du groove urgemment sexy, le kaléidoscope est étourdissant et sa rotation sur 22 chansons poursuit sa progression une fois l'album fini (ou "couché", comme un astre). Car il sera difficile d'oublier la ritournelle bouleversante de "La chanson des vieux cons" (petite soeur, ou plutôt grand-mère, de "Ton héritage" de Biolay), difficile de ne pas fredonner encore et encore le manège de mots "Prends garde à moi", difficile d'effacer les frissons des écumes de violons sur "The dark, it comes", impossible de tiédir face à la moiteur de l'orgue et des cuivres soul au rythme du "Rocking-chair". Voilà ce que j'appelle explorer la femme sous plusieurs facettes !

"Un été sans les hommes" de Siri Hustvedt / Vanessa Paradis "Love songs"
"Un été sans les hommes" de Siri Hustvedt / Vanessa Paradis "Love songs"

Comme le roman de la new-yorkaise, "Love songs" est féminin jusqu'au bout de ses ongles pailletés. Il n'empêche, les hommes de l'ombre sont là, nombreux, omniprésents. On trouve à la création non seulement Biolay, mais le BB Brunes Adrien Gallo, Carl Barât, Mathieu Boogaerts, Marcel Kanche, Ben Ricour, etc. Et même les mains d'argent de Johnny Depp ont participé à l'élaboration d'un texte.

 

Chez Siri Hustvedt il en est de même : on est entre femmes, mais les hommes sont toujours là, derrière, ombres obsessionnelles, menaçantes ou excitantes, quoi qu'il en soit inhérentes à la lumière. C'est peut-être en réalisant que ces reflets masculins sont naturels et indélébiles que Mia se soigne, retrouvant l'équilibre. Un équilibre que la société sous son angle homme-femme (dont Mia serait l'allégorie) doit évidemment atteindre.

 

Pour démontrer cela, on passe par la dissection des mariages bancals, des effets de groupes adolescents écoeurants de perversion, des figures de tête-de-turc, des vieillesses qui pétillent encore. Sympathique programme si un brin d'enjeu tenait le tout. Mais la seule renaissance de Mia est un moteur un peu faible, et les sadiques acharnements entre jeunes filles sont vite expédiés.

 

Quant aux étranges lettres de menace que se met à recevoir Mia, dont on n'aura pas la résolution, elles m'indiquent que je suis passé à côté du véritable enjeu, ou bien que Hustvedt se moque un peu de ses lecteurs. Sans doute un peu des deux. Elle affirme (à tort !) que les hommes ne lisent pas les livres écrits par les femmes : peut-être cette interruption de l'intrigue est-elle une vengeance toute féministe, une manière de frustrer le lecteur de thriller bourrin qui se serait égaré dans les draps de ses pages qui resteront propres ? Castration amère !

 

 

Je ne déconseille pas pour autant ce roman qui même s'il déçoit par son opacité, est régulièrement percé de bon moments. Et bercé par la voix radieuse de Vanessa Paradis, cajolé par les chansons aussi fragiles et tendres que Mia, aussi belles, nuancées et variées que les femmes, ce récit d'un coeur malade qu'on panse à l'altruisme s'enrichit heureusement de bien belles tonalités.

 

 

Un duo qui prouve que les hommes et les femmes vont si bien ensemble : Le Rempart (live)

 

Une chanson qui traduit si joliment le petit train-train du sentiment amoureux : Station Quatre Septembre (live)

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Published by Felix Leiter - dans musique et littérature
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commentaires

anti snoring devices 07/01/2014 11:35

"Love songs" and "A summer without men" is indeed a treat to the ears. I believe that this is the first time in the history of the publications that a live music was made with the theme of the novel. I really enjoyed it!

Felix Leiter 07/01/2014 18:57

"A treat to the ears" : lovely expression ! Thank you.

Didi 09/08/2013 12:06

Merci pour vos chroniques parallèles alliant musique et livres !

Felix Leiter 09/08/2013 17:04

Avec plaisir ! C'est à moi de vous dire merci. :-)

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