Jeudi 24 mai 2012 4 24 /05 /Mai /2012 15:39

 

Note de concordance : 9/10

 

de loin mouchesblundetto

 

Mucho calor ! De la sueur et des volutes de cigare... Voici la sauterie ardente entre un roman argentin efficace en diable et un disque aux notes braiseuses - presque autant que le pathétique Señor Machi, nouveau riche bling-bling bang-bang. L'album et le bouquin se livrent à un 69 éblouissant sous une nuit latine.

 

Voilà donc notre arriviste argentin qui a su profiter de la crise économique de 2001 pour écraser son succès comme un mégot de cigare sur le crâne des pauvres gens. Señor Machi pue l'argent sale et l'arrogance, et il aime cette odeur. Après une bonne gâterie de sa dernière maîtresse, un rail de coke sniffé à une vitesse de loco, il file dans sa BM au cuir neuf et doux "comme un jeune cul".

A peine le temps de se lamenter sur son encombrante épouse ou ses mauviettes de gamins qu'un pneu crevé l'arrête, lui, le señor Machi en personne, sur le bas-côté. Inadmissible coup du sort qui va pourtant lui permettre de découvrir dans son coffre... un cadavre !

Double enjeu : comprendre qui cherche à le piéger et se débarrasser du corps. Point de départ simple pour "De loin on dirait des mouches", et une intrigue concentrée comme un shot de Fernet ! Kike Ferrari, traduit pour la première fois en français pour les éditions Moisson Rouge, écrit comme on flingue : il tire vite, vise juste, et souffle sur la fumée histoire de se marrer un peu.

 

kike

 

Avec son personnage putassier dont l'entreprise est réglée comme une Rolex, condamné à se dépatouiller seul de son pétrin extraordinaire, on peut penser à un épisode de "La quatrième dimension", mais qui ne franchirait pas les lignes du fantastique, qui resterait les pieds embourbés dans le sol du polar, tout de noir et de feu. Lors de flashbacks taillés à la hache - autant de chapitres qui claquent comme des coups de tête - l'entrepreneur sans scrupules fait le point sur ses potentiels ennemis ; et il trouve matière à paniquer !

 

Il fallait une musique chaloupée pour résister au soleil sud-américain, avec des élans cuivrés comme les affectionne Tarantino. Après un premier album, "Bad bad things", aux accents cubains prononcés, le parisien Blundetto - programmateur de Radio Nova - a sorti du four sa deuxième galette, "Warm my soul", une parfaite recette de boucles latines, de reggae et de jazz éthiopien, pimentée de soul et de hip-hop. Tout ce qui brûle !

Eclectique et miraculeusement cohérent, le travail de Blundetto, nourri aux featurings passionnants, a comme fin la curiosité - joli défaut transmis par le mythique créateur de Nova Jean-François Bizot. A la fois spéléologue explorant les failles du reggae et astrologue lisant l'avenir de l'electro dans l'amarre des cafés latinos, Max Guiguet (de son vrai nom) transforme tout ce qu'il mixe en or.

 

blund2

 

Avec le groove comme ADN et les reliefs funk comme colline vertébrale, l'album dégage un parfum de suspense, une aura cinématographique qui vient peser sur le señor Machi. Les titres les + sensuels laissent pénétrer d'humides alternances soul ou dub dans les scènes les + chaudes du livre. Car oui, "De loin on dirait des mouches" parle d'argent, de violence et de cul. Tout ce qui brûle...

 

En passant en revue les relations de Machi basées sur la force, avec son bras droit, Le Cloaque (lui-même pris dans une chaîne d'humiliation l'amenant à ridiculiser un môme arborant le Che - irrésistible !), son fils homo, ses employés surexploités, une maquerelle issue de la télé-réalité, les politiciens véreux, les amis mafieux, ou n'importe quel commerçant qui se doit de lui cirer les pompes, l'auteur fait le portrait à peine caricaturé d'un odieux patron ivre de pouvoir mouillé jusqu'aux moustaches, qui plonge ses fesses dans des costumes Armani mais trempe son nez farineux dans les affaires scabreuses.

Derrière les mésaventures risibles de cet affreux self-made mégalomane, pour qui ses congénères comptent autant que les mouches évoquées dans le titre, ce que dénonce Ferrari, tueur à gags satiriques, c'est évidemment toute la maladie de la corruption, la gangrène où les gangs règnent moins que l'argent-roi qui étouffe la société argentine.

 

Quoi de mieux qu'un bon polar rigolard comme vitrine pour mieux pointer du doigt les dysfonctionnements du capitalisme ? Quoi de mieux qu'une parfaite Bande Originale de Livre pour s'imprégner d'une telle lecture ? "Warm my soul" joue son rôle avec excellence. Menées par les riffs funky, les reflets blaxploitation mid-tempo de "Since you've been gone", "Final good bye", ou encore la reprise d'Aaron Neville "Hercules" pourraient passer sur l'autoradio de la BM si seulement son conducteur avait bon goût. "Crowded places" et ses trompettes piquantes font monter la paranoïa du señor Machi, et "Walk away now" va jusqu'à emprunter les sonorités fashion de la B.O. de "Drive" et offre une rutilante calandre à l'intrigue. 

Les rythmes de l'album ne perdent jamais de vue le cool, tout comme ce roman qui a beau filer le long de courts chapitres, prend le temps de s'amuser.

 

Et si vous n'êtes pas encore incités à lire cet excitant bouquin tout en écoutant un disque magnifique qui semble composé pour lui, voici un dernier exemple d'affiliation : Blundetto est un pseudonyme choisi en hommage aux "Sopranos", la série mettant en scène les conflits intérieurs d'un mafieux au sommet, partagé entre ses obligations familiales et son organisation criminelle. Ca me rappelle un truc...

 

Pour les scènes ardentes :

http://www.youtube.com/watch?v=AB_PVQoRrKQ

 

Pour les scènes encore + chaudes :

http://www.youtube.com/watch?v=rMwJ7bzO0As

 

 

 

 

Par Felix Leiter - Publié dans : musique et polar - Communauté : Musiques
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Vendredi 18 mai 2012 5 18 /05 /Mai /2012 19:39

 

Note de concordance : 6.5/10

 

 

John Fante - Mon Chien Stupidetindersticks - the something rain

 

 

Combler le vide. C'est l'histoire de tout être humain depuis qu'il a quitté son Paradis perdu : le ventre de sa mère. C'est aussi l'histoire de ces deux oeuvres qui se tournent subtilement autour et s'interpénètrent sporadiquement.

 

Pour ce 9ème album du groupe mené par Stuart A. Staples, le titre même de l'album, "The something rain", évoque la nature profonde de la créativité artistique : combler les trous, donc... Staples explique que le mot "something" placé là symbolise le tâtonnement de l'inspiration pendant la composition, la doublure-lumière provisoire pendant les répétitions avant l'arrivée du terme finalement élu.

Les anglais avaient un but, un son, un vent de liberté en tête à retranscrire sur ce disque : cet objectif à atteindre, ces failles magnifiques à compléter, les Tindersticks les ont sublimés.

 

Groupe le plus classe de tous les temps (n'y voyez-là aucune subjectivité, c'est empirique !), les membres du groupe fuient la facilité comme si la routine était une pluie toxique dissolvant l'inventivité. Les violons, la musique de chambre, la pop orchestrale qui ont fait leur gloire : des gammes trop simples, des poches sans trous, des formules aux charmes mathématiques. Nous on en redemande, mais eux se dopent aux plaisirs de l'inédit. De flashbacks soul ("Simple pleasures") en transitions illuminées par le jazz ("Falling down a mountain"), les Tindersticks ont finalement façonné cette pièce-maîtresse de leur oeuvre. Flamboyant, culotté, habité, "The something rain" superpose les couches irisées d'indie, de free-jazz, de soul, de boucles morriconiennes... Les strates mélodiques fusionnent sous les migrations gracieuses d'un miracle nébuleux. Ils tentent, osent... De la boîte à rythme, de l'écho sur le chant si exalté de Staples, une rythmique tropicale, un solo de saxo sexy, du talk-over and over and over... Avides d'expériences comme mille vierges en furie, rien ne leur résiste. 

 

Henry Molise - une version vermeille du personnage culte Bandini - a beaucoup raté : sa vie professionnelle, sa vie de couple, son rôle de père, et même sa route : il doit régulièrement appeler sa femme depuis une cabine téléphonique pour le ramener chez lui, à deux blocs de là. Romancier raté roulant dans une vieille Porche défoncée (si les créateurs de l'excitante série Californication ne se sont pas inspirés de lui, j'arrête les points d'exclamation en fin de parenthèses !), Henry a quant à lui cédé à la facilité, contrebalance des Tindersticks - miroir aux alloués au talent. Notre loser se paluche du scénario hollywoodien... dans ses meilleurs jours ! Quand les contrats veulent bien tomber... Pour ce qui est de faire un bon roman, la graine ne prend pas. Chez lui on ne sème peut-être pas assez...

 

L'adoption d'un chien errant à la queue particulièrement remuante va ébranler un peu + sa famille, à une étincelle de l'implosion. Une épouse raciste, quatre enfants irresponsables, irrespectueux, irritants, y retrouver sa place n'est pas évident. Cocon en décomposition, le noyau familial se désolidarise, les chambres se vident une par une. Henry voudrait prendre la pièce de sa fille qui convole en camping-car, mais elle lui refuse ce privilège. Chambre inoccupée... L'absurde incapacité à combler les vides...

Baptisé Stupide, le nouveau chien lubrique d'Henry, bouche ces trous béants que sont les défaites de l'écrivain (et bien d'autres !). Il occupe le terrain, se frotte à son gendre, se tape le voisinage canin. Il domine. Il remplace.

 

En aspergeant "Mon chien Stupide" d'un ton humoristique, John Fante peut se permettre de laisser son style direct, frontal, aborder des sujets mélancoliques. Les échecs, les revanches pathétiques, la douloureuse prise d'indépendance des progénitures, l'ingratitude, la désagrégation des liens, le linceul qu'on dépose sur les rêves... Tout cela dans un pataugement drôle et absurde, comme un enfant qui saute dans une flaque.

 

La musique de Tindersticks a certes des accents de tristesse. Mais le groupe l'expliquait il y a quelques années, la subtile exagération du spleen est une forme d'humour anthracite aux entrées en trompe-l'oeil d'un groupe + amusant qu'il y parait. Si la musique enchaine des notes désenchantées, les paroles appellent parfois la drôlerie. Exemple on ne peut guère + flagrant, le long monologue de "Chocolate" contant sur 9 minutes comment un type solitaire rencontre et emballe une femme troublante... et au moment de conclure se retrouve avec un pénis sous son nez.

Ce même rapport humour/drame que John Fante, mais dans un miroir, un deal entre la forme et le fond. Les couleurs de ces oeuvres sont identiques et inversées comme celles d'un négatif.

 

tindersticks miroir

 

En mettant en relief la nature moins ironique et + désabusée du roman, "The something rain" et ses morceaux toxiques, magnétiques, ses patchworks de saxo, font donc un contrepoint remué au livre de l'américain qui a inspiré Bukowski et Kerouac. C'est un album en mouvement, en voyage. L'alter-ego de Fante s'essaie vaguement à être un type bien, puisqu'il ne parvient pas à concrétiser son projet de repartir vivre à Rome. Cette B.O.L. sonne comme ses rêves en perdition.  

Le silence est un vide que je comble avec un quelque chose musical en attelage ; plaisante expérience que de lire et d'entendre tout ce petit monde enraciné dans les nuages. 

 

 

 

Une vidéo de "Medicine" tournée dans l'écrin d'inspiration de Stuart Staples, son studio dans la Creuse, Le Chien Chanceux :

http://www.youtube.com/watch?v=5v1eFVOj4is

 

Sans doute le titre le + délié de l'album, "Frozen" :

http://www.youtube.com/watch?v=KEd0BbunCQU 

 

 

 

Par Felix Leiter - Publié dans : musique et littérature - Communauté : L'écriture dans tous ses états
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Dimanche 6 novembre 2011 7 06 /11 /Nov /2011 10:29

brüno atar gullgil scott heron small talk

 

Note de concordance : 7/10

 

Toujours un peu complexe que d'attribuer une musique à un récit historique. Soit il convient de se diriger vers le genre classique, soit de se rabattre mollement sur la musique de film. Mais cela manque pleinement de panache. Et quand l'ambitieux scénariste Fabien Nury et le magicien du crayon Brüno ont décidé d'adapter en bande dessinée le sombre roman d'Eugène Sue, ils n'en ont pas manqué, alors au boulot !

J'ai relevé les manches et les souvenirs de ma vie de disquaire. J'ai alors entendu une voix prêcher l'acide parole depuis la rue : celle du regretté Gil Scott-Heron.

 

L'anachronisme entre l'évocation de l'esclavage et les revendications poétiques de Scott-Heron a brûlé dans les feux de plantations, beaucoup + vite que je ne l'imaginais. Car la destinée du "bois d'ébène" et les constats désolants du chanteur sur l'Amérique black de 1970 se font écho. Les choses ont changé... mais pas tant que ça. Comme le remarque Scott-Heron dans "Whitey on the Moon", les blancs viennent de marcher sur la Lune, mais ses frères foulent toujours les mêmes trottoirs sans soleil de Harlem.

Toujours la même Histoire.

 

gil scott heron tag

 

Avec cet album inaugural, "Small talk at 125th and Lenox", le poète a taggé les premiers traits du rap. A part trois titres soul enjolivés de piano, scandés plutôt que chantés, contestés plutôt que récités, ses morceaux en spoken-word saisis en live ont une opaque force de frappe. Ses rimes révoltées sont portées par des congas nus comme le blues. La percussion comme seuls habits, les chansons racées arrachent aux consciences les voiles sociaux, pointent du majeur les inégalités raciales. Humour noir percutant, textes intellectuels référencés, la révolution est dans le sang de chaque mot.

 

Les mots baignent dans le sang, chez Sue, et donc chez Nury.

"Atar Gull", ce sont des larmes de sang. De la mort injuste. De la haine, de celle qui conduit à la + violente des vengeances, celle qui patiente, celle qui pourrit. On suit donc le puissant prisonnier Atar Gull embarqué dans l'atroce trafic d'hommes au XIXème siècle.

La traversée, éprouvante, lorgne sur l'horreur sans concession, cogne et sent la charogne. Il faut dire que les découpages de Brüno, à la hache et à la sueur, sont d'une nervosité impétueuse. Une verve esthétique qui laisse les yeux sans voix. Comme le héros, on refuse de pleurer, mais le coeur y est.

 

atar gull pleurs

 

La seconde partie du livre montre la vie dans les plantations en Jamaïque, les journées âpres, le mépris insoutenable des négriers. Nury y broie les lieux communs comme les esclaves la canne à sucre. Alors vient le réveil monstrueux d'Atar Gull, implacable. Explosion de rage accumulée, acculée derrière le masque de servitude. Le dessin rond du dessinateur prend des coups de fouets. La virulente tragédie de l'esclave modèle embrase des cases évocatrices, habitées. Chaque pose, chaque regard, chaque drame est traité avec la même trempe. Une claque. Par case.  

 

atar gull prisonnier

 

Les rebondissements accrocheurs du livre, et surtout le calvaire des esclaves sont rythmés par les percussions tribales de "Small talk...". La splendide "The revolution will not be televised" appelle à la rébellion et se joue du temps qui sépare ces deux oeuvres - même si Atar Gull place la vengeance au-dessus de la liberté. On concasse le politiquement correct d'un côté et de l'autre du temps.

A l'angle du jazz, du blues et du rap, on entend à travers le débit slamé de Gil Scott-Heron un coeur nègre, tous les sanglots d'un peuple, toutes ses sangles. Comme Atar Gull, il ravale ses larmes. Presque toutes.

 

 

Talk about the revolution :

http://www.youtube.com/watch?v=X6OASOH_66A

 

Talk about the soul :

http://www.youtube.com/watch?v=z_Nq8BNT4CY

 

 

Par Felix Leiter - Publié dans : musique et BD - Communauté : Musiques
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Mardi 18 octobre 2011 2 18 /10 /Oct /2011 19:08

le mec de la tombebang bang

 

Note de concordance : 7,5/10

 

Le livre

 

Elle : "Le ton emprunté par Katarina Mazetti est léger, les mots ont des ailes. Ils posent pourtant une question bien sérieuse, ils osent aborder un sujet tabou dans la grande demeure de l'Amour : un gouffre social entre deux personnes qui s'aiment est à priori fatal si l'on veut bien une seconde être réaliste, et chasser de notre coeur les petits oiseaux d'Hollywood qui ont tendance à faire leur nid dans nos membranes les + sensibles. Les histoires d'amour finissent pâles, en général.

Mazetti nous attire avec de gros sucres d'orges et nous tape avec. Son écriture imagée, ses comparaisons irrésistibles vont finalement servir la neurasthénie morne d'un amour mort-né."

 

Lui : "Elle démarre bien cette histoire de deux suédois qui, à force de se croiser au cimetière pour déplorer leur solitude sans vraiment pleurer leurs morts, vont tomber amoureux. Plutôt "mordant", comme on lit sur la moitié des étiquettes coups de coeurs de tous les libraires du monde.

Et cet affrontement de points de vue - un chapitre par narrateur, égalité du temps de parole, une parité assez primaire - rythme le livre, et devient une vraie usine à ressorts comiques. Mais l'usine se met un peu en grève, la gravité rattrape l'histoire, et l'incompatibilité entre Désirée, bibliothécaire citadine certifiée, et cet agriculteur qui croule sous les tâches sera le sujet envahissant du livre. Elle aime sortir, il doit s'occuper des vaches. Elle est à fleur de peau, il est à fleur de pis. L'amour est dans l'après ?

Un peu terne finalement ce constat d'amour impossible. La lecture prend un peu le goût des boulettes fadasses de Benny."

 

 

Le disque

 

Elle : "La plus belle empreinte de "Bang Bang" c'est sa voix. Filet fragile qui pourrait s'interrompre à la moindre secousse. Les dernières gouttes de la dernière cascade. Du précieux, et rien de ridicule. L'italo-anglaise suit le même ruisseau qu' Emiliana Torrini, sans titiller l'électronique. On a affaire à la version strip-tease. Sara Schiralli est nue. Ses chansons habillées d'un rien ; un bijou, un parfum. Un rien suffit. C'est du + bel effet. Même les notes deviennent abstraites, malgré les mélodies méticuleuses. Un disque ou un nuage, on ne sait pas.

La chanson-titre n'est que charme et désolation, rien d'autre que cet étrange duo, comme une rose sur un chant de bataille fumant. Un peu comme le couple raconté en deux bangs par Mazetti, improbable/inséparable. "

 

sara schiralli polaroid 

 

Lui : "Le grand point fort de ce disque, c'est que Sara Schiralli est très jolie. D'accord, sa voix aussi, même si la déplacer systématiquement sur le fil, c'est rasoir sur le long... L'album dure d'ailleurs un tout petit peu trop. Mais les coups de génie sont nombreux, c'est vrai. Les arrangements épurés, passés au tamis cent fois pour ne garder que l'or, font de "Roll the dice" ou le Harry Nilssonien "Incomplete" des moments de grâce qui posent leurs valises dans vos oreilles. Un peu comme l'héroïne qui s'installe chez " Le mec de la tombe d'à coté" : ça vient comme ça, on ne peut pas refuser."

 

 

La Bande Originale du Livre

 

Lui : "Les arrangements enfantins de "Bang Bang", ses petits violons qui descendent l'arc-en-ciel, son train-train dele mec de la tombe film sifflets, son incursion reggae mal aguerrie, donnent une dimension naïve à l'album. Un disque sans prétention que d'offrir les plaisirs façon Amélie Poulain. Une naïveté qui chevauche bien la construction "amicalement vôtre" du roman, ses altercations de perceptions femme/homme parfois un peu faciles.

J'aime la façon dont se livre se déculotte, mais le charme se rompt trop vite pour que je lise sa suite. Voir son adaptation filmique avec l'acteur de "Millenium" éventuellement (serait-ce leur seul acteur, en Suède ?) :

http://www.youtube.com/watch?v=03esIDHySms , mais la pièce de théâtre non merci.

Quant à la belle anglaise, curieux de découvrir comment elle défendra ce petit univers joueur sur scène en 2012."

 

Elle : "Si le disque incarne une bonne B.O.L. au roman, c'est parce qu'ils puisent tous deux leur profondeur dans le concept d'intimité. Au coeur du couple, jusque dans les tréfonds. L'auteure nous met le nez dans les pensées les + secrètes (être agacée par un mort), les sujets intimes (les menstruations, les irritations post-coïtales, le "frétillement des ovaires"), un certain réalisme (l'appréciation des corps imparfaits), le pourrissement de la passion.

Les chansons frileuses de Sara Schiralli, dépouillées, sont chantées au réveil, dans ses draps pleins de rêves. Tout ce petit monde funambule sur une corde sensible.

J'aime la façon culottée de la chanteuse de se mettre à nu ; espérons que le second album sera toujours sur les arêtes de la fragilité.

En outre il y a une suite au roman, "Le caveau de famille"... Avec ce couple mal assorti, là où il y a de la tombe, il y a de l'espoir ! "

 

 

 

Bang Bang :

http://www.youtube.com/watch?v=J8LfQtHm1XA

 

Roll the dice en prise live :

http://www.youtube.com/watch?v=TqSjB0XwBQo&feature=BFa&list=AVAYMcY2vx8GT9R6lD_vXPPU_-_YpCVx8E&lf=list_related

 

Par Felix Leiter - Publié dans : musique et littérature - Communauté : Musiques
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Jeudi 6 octobre 2011 4 06 /10 /Oct /2011 20:06

chuck palahniuk journalbeck the information

 

Note de concordance : 9/10

 

Foutons le bordel ! Voilà qui pourrait résumer l'un comme l'autre de ces deux invités. C'est même toute la carrière de Palahniuk, toute la discographie de Beck qui sont vouées à cette notion de désordre.

 

L'écrivain américain, qui extirpa de ses tripes "Fight club" dès son deuxième effort, pince la lettre là où ça fait mal. Provocateurs, ses héros antisociaux sont des bombes humaines à retardement qui explosent le système depuis l'intérieur.

Beck pourrait être un personnage de Palahniuk. Après avoir posé les bases solides d'une carrière indie-folk avec le tube "Loser", Beck Campbell (de son vrai nom) dynamita sa propre destinée en enchainant avec des albums funk princiers, ou purement songwriting, ou quasiment hip-hop. Pas loser pour autant, bien au contraire... Du psyché, du blues, de l'electro, du foutraque, tout ce qui passe entre ses mains, il en produit quelque chose. Je le soupçonne fortement de pouvoir tirer des sons intéressants d'un radiateur cassé. 

 

Pour "The information", son disque aux velléités hip-hop, Beck a opté pour la déstructuration, et comme toujours pour le bric, le broc et le collage. Le concept de recyclage vient aussi alimenter ce disque singulier à la production démente (Beck et le producteur légendaire Nigel Godrich y auraient pris quelques cheveux blancs). On reconnait donc des sons, des voix, des rythmiques réutilisés d'un morceau à l'autre, mais collés à l'envers, vernis au folk ou jetés de travers entre deux accords. Cela donne une cohérence, une atmosphère autarcique et insulaire au disque.

 

L'action de "Journal intime" se joue sur une île. On tourne en rond sur une île, et Misty n'échappe pas à la règle. Le style Palahniuk, punchy, répétitif, va prendre toute son panache pour décrire cette vie d'ennui en plein déraillement. Recyclage là encore, avec des mêmes débuts de phrases qui ponctuent chaque chapitre (dont le "Pour ton information, juste au cas où", qu'on associera par pur opportunisme à la BOL choisie). Redonner vie autrement à une phrase, une idée, un personnage... Les deux oeuvres se répondent dans un parfait jeu de ping-pong.

 

Chuck Palahniuk écrit avec des gants de boxe, sa plume bagarreuse impose un rythme forcené à ses rebelles tordus. Il caresse le fantastique dans le sens du drame. Ici tout commence par des pièces de maisons qui disparaissent. Une cuisine, un salon... envolés. Il trouvera bien une logique à cela, mais en attendant c'est Misty, peintre ratée qui paie les pots de peinture cassés : son mari dans le coma serait responsable de ces "disparitions". Cette serveuse quasi-veuve sent la pression monter, comme un complot. L'étrange duo fille/grand-mère semble vouloir la pousser à revenir à la palette, à peindre à tue-tête. Des messages cachés lui conseillent plutôt de fuir l'univers moribond de cette île bouffée par l'argent du tourisme.

 

Réflexion sur le statut d'artiste, sa nécessité, son pouvoir, "Journal intime" s'entache de quelques chapitres redondants au début, et s'entiche surtout d'une aura de mystère séduisante. Une fois lancée, la machine Palahniuk nous entraine dans un train dont il déboulonne les rails lui-même, à coup d'humour noir.

 

L'autre saboteur, Beck, a composé pour cet album des instrus hip-hop qu'il a gravés sur vinyles pour les faire scratcher par des DJ. Superpositions, re-superpositions ! De l'hyperposition, dirais-je, puisque je dois me positionner. Puis ces compositions hip-hop ont vu leurs frontières voler en éclats pop, leur beats à poil sur une guitare sèche comme un coup de trique. Le groove décolle, dévie, se crashe. Et reprend son envol. C'est le disque de tous les possibles.

 

Comme dans le roman du subversif Palahniuk, l'instabilité est constante. Tout peut basculer et on ne sait pas depuis quelle hauteur on va tomber.

 

L'auteur est membre de la Cacophony society, un mouvement aux limites de l'anarchie qui éveille les consciences à coup d'events. Une forme extrême d'art en somme. Souvent le "spectateur" est mis à contribution. Beck nous a lui offert la possibilité de créer la couverture de "The information", grâce à un kit de stickers hallucinés.

Voici mon hyperposition :

    beck enfin

 

Enfin n'allez pas croire que ces capharnaüms sont vains. Si la forme de ce livre et de ce disque prennent des tournures alambiquées, leur finalité, essentielle, a bien les pieds sur terre. Placer l'art au centre de la Cité. Rejoignez-moi ce joyeux foutoir, béoèlisez "Journal intime" jusqu'à son ultime pirouette casse-gueule en dernière page. Foutons le bordel !

 

Une petite douceur pour commencer :

http://www.youtube.com/watch?v=JhSycSt86fo&feature=related

 

De la destructuration :

http://www.youtube.com/watch?v=DGCwUoKWcxs&ob=av2e

 

Du hip-pop :

http://www.youtube.com/watch?v=S-QHWXFJTek&feature=related

 

 

 

 

 

Par Felix Leiter - Publié dans : musique et littérature - Communauté : Musiques
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